Renaître de la vague

Nous n’avons eu de Printemps que le nom. Nous n’avons eu que larmes de ciel et quelques tristes rayons.

A ma fenêtre, le rideau de pluie se fait chant des Marquises et danse en vagues sur le jardin en pleur.

Mon envie de soleil se fait si vorace et pressante qu’il a bien fallu que je compose un moyen de l’assouvir.

Alors…

Alors, dans mon esprit, j’ai dessiné un bord de mer, tanné par le soleil et le sel. Et je m’y suis promenée.

Nous avions pris un chemin, serpentant entre les dunes, où de vieilles palissades ne retiennent plus rien et entre les lames desquelles le sable coule en doux flots. Parfois, ça et là, une herbe un peu plus folle s’était risquée à survivre. Elle ondulait dans l’air, nous donnant la direction de notre course.

Peu à peu, les parfums de foin sec et de résine laissèrent place à ceux des embruns, des ressacs, de l’écume, de la mer en ses multiples humeurs. Nous parvînmes à la crête. Devant nous, en contrebas, allongée et offerte, brûlante de soleil et de miroitements, la plage, nue, alanguie par la caresse des vagues, modelée par quelques rares rochers, nous attendait.

Le désir est chose bien curieuse qu’il peut naître du baiser d’une brise d’été. Nous étions toujours au sommet de la dune ; et dans nos corps immobiles, nos coeurs s’emballaient. Nous mangions de nos regards avides cette plage, côte à côte, tentant de dissimuler à l’autre notre envie d’y plonger.

Je ne sais lequel de nous esquissa le premier un sourire, qui rendit complice qui. Ce dont je me souviens, c’est de l’éclat de rire conjoint qui s’ensuivit, et de la course folle, main dans la main, jusqu’à l’eau. De la cavalcade chaotique dans le sable meuble et brûlant, de cette gigue empressée et enfantine jusqu’à l’océan.

Les cheveux tressés de vent, notre course prit fin à la lisière des vagues. Prestement, les légères étoffes qui nous protégeaient du ciel brûlant vinrent choir contre un rocher, et les corps avides des charmes d’Ondine plongèrent dans la blanche écume.

Suprême en son royaume, au-dessus de nos âmes rassasiées de vie, paternel et aimant, le soleil offrait ses rayons en abondance.

Alors, nous nous fîmes une place, juste sous lui, et le laissâmes nous bercer jusqu’à l’apaisement.

 

Lucien Clergue – Née de la Vague

 

 

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Une réflexion sur “Renaître de la vague

  1.  » Il n’y a pas longtemps que j’ai revu la mer et foulé le pont des vaisseaux, et mes souvenirs sont vivaces comme si je l’avais quittée la veille. » Lautréamont.

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