Carte postale estivale

Il est des moments parenthèses, inattendus et opportuns, dont la vie fait parfois, avec un peu de chance, le cadeau. Il est des heures pendant lesquelles l’affolement du coeur n’est plus nécessité tangible et qui s’offrent à nous, dans leur langueur et toute leur infinie surprise. Happer ces instants offerts, dans lesquels le temps s’étire à son aise sans qu’on ait à le minuter, est luxe de seigneur, et qui le perçoit possède le plus beau des royaumes.

Ainsi, lecteur, alors que tes yeux se donnent la peine de déchiffrer mes idées derrière des substantifs parfois curieusement alignés, apprends que ton serviteur se prélasse dans le Temps, en a fait son logis, s’y complait sans compter et tutoie le grand Horloger en espérant encore un peu de clémence de ce dernier afin de prolonger le plus longtemps possible sa villégiature.

Je te dirai alors que ces derniers mois n’ont fait que me conforter dans cette infinie certitude dont j’étais déjà pourvue, mais qui à chaque instant ne cesse de se vouloir remise en question. Ce dont je suis sûre, et qui mérite d’être redit ad-libitum, c’est que le monde est beau, et ceux qui l’habitent sont loin d’être sans intérêt.

J’ai traversé mon pays de part en part, j’y ai vu les champs s’enflammer dans les ors les plus blonds, le rose colorer autant le ciel que les cigognes qui croisaient mon chemin, la danse des feuilles et des joncs sous la caresse des vents, les teintes pales et complices des premiers rayons de l’aurore, la vie, battant dans chaque animal, chaque bruit, chaque herbe, dans un concert aussi élégiaque que réjouissant. J’ai vu les ocres chaudes et le blanc de la chaux sur les maisons, puis les ardoises grises et rugueuses, puis les briques écarlates, fières, volant au noir du ciel un peu de son courroux… Autant de couleurs, autant de matières, autant de mondes dans lesquels j’ai trempé mes yeux.

J’ai visité nos voisins, j’y séjourne encore à l’heure où je t’écris.

J’ai revu Bruxelles, complice et généreuse, bourrue et lettrée, dont j’ai croisé nombre d’âmes aussi riches que disparates. Avec, à l’intérieur d’elles, autant de coeurs battants que d’attentes de pouvoir manger la vie. Et la dévorant chaque instant.

J’ai revu Rome, toujours dans la démesure, celle-là. Belle et taquine, aussi offerte que fière de ses atouts, aussi volubile que secrète, jalousant le soleil qui l’enveloppe de sa douceur, et rivalisant de lumière avec notre suprême étoile.

J’ai vu l’humanité, dans les yeux d’une dame plus qu’âgée, dans le rire en ruisseau de gamins à la peau caramel, dans les échanges sans parole le long de mon chemin.

D’où je t’écris à présent, j’admire le paysage sous un ciel changeur, et aussi capricieux qu’une adolescente amoureuse. Il donne au plus petit écrivaillon des idées de grand roman !

 

Je te donnerai bientôt de mes nouvelles. Si je ne perds pas la clé du Temps…

 

 

A bientôt.

 

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