De l’urgence du voyage

Lecteur, aimes-tu voyager ?

Si tu es ici, en train de voguer dans mes mots, sans doute as-tu accepté le billet que je t’ai tendu à destination du petit monde dans lequel je veux t’emmener. En cela, je te suis redevable : tu m’offres à moi la possibilité d’ouvrir plus grand le champ de mes possibles, car je ne m’y sais plus seule.

Et quel bonheur que d’imaginer, portés par mes lignes, d’autres yeux, d’autres regards, acerbes ou joyeux, moqueurs ou dubitatifs !

Un jour, on m’a demandé si j’aimais voyager. J’ai trouvé étonnant que cette question puisse être ainsi posée. Comment pourrait-on ne pas aimer voyager ? Car le voyage, à mon sens, n’est pas celui dont peut souffrir le corps, mais celui dans lequel nous porte l’esprit.

Je ne passe pas un jour sans voyager. Traversant les ponts de ma ville, en regardant couler les eaux grises du Rhône, je suis déjà sous le soleil de Camargue, j’entends déjà les sabots cavaler dans les manades, je respire les parfums de garrigue.

Si le temps m’offre le loisir de m’attarder, je prendrai alors un train pour Venise, j’y jouerai à cache-cache avec les enfants de la ville, qui ont la bouille pleine de sourires moqueurs, puis j’irai jusqu’à Naples, pour sentir le soleil cogner les têtes et caresser les jambes nues, j’y ferai un clin d’oeil au ciel, et au premier passant venu.

Si mon temps ne le permet pas, je reprendrai ma route vers mon concret, enjouée d’avoir pu profiter à si bon compte de ma courte épopée. Elle aura pris l’instant d’un soupir et m’aura offert un morceau de joie, très personnel, créé pour moi-même et dont je ne pourrai que me satisfaire puisque c’est ainsi que je l’aurai voulu.

Comment se passer du voyage, ce moyen presque magique de s’extraire de son quotidien afin de le retrouver plus doux qu’il ne l’était avant de s’en échapper ?

Un jour, l’amoureux et moi échangions au sujet d’Emmanuel Kant, ce bien connu philosophe qui de sa vie n’a jamais quitté sa douce ville de Königsberg. Le grand homme n’eut en effet aucun besoin de mouvoir son corps au-delà des quelques maigres kilomètres jalonnant sa maison pour embrasser le monde dans sa grande plénitude… En cela, Kant était, je crois, l’un de plus grands voyageurs que le monde ait connu. S’il n’avait de ses yeux miré le monde, ses étudiants se délectaient de la narration fort juste qu’il en faisait.

Et ainsi le véritable voyage, celui qui prend tout son sens, est, peut-être, celui qu’on donne à faire vivre aux autres…

 

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