Pour un peu d’amour

Parfois, le bain d’humanité dans lequel nous trempons me semble plus froid qu’à l’accoutumée, et il m’est donc plus difficile d’y prendre ma place.

Parfois, les capacités de nuisances de mes congénères se font si flagrantes qu’elles en viennent à dissimuler ce qui fait la grandeur de beaucoup de leurs comportements.

Parfois, je ne nous comprends plus. Je souffre de la bêtise crasse et de la fermeture d’esprit, et de l’intolérance et de l’irrespect, et du manque concret d’objectivité dont font preuve mes semblables. Je pleure devant la cruauté imbécile, je hurle devant le fanatisme aveugle, je m’estomaque face aux signes d’incapacité flagrante de vivre ensemble.

Parfois je n’y crois plus.

Je regarde ce monde qui cherche à s’entre-tuer, je pleure sur ces sociétés qui n’ont plus conscience de la chance qu’elles portent en leur sein, de l’héritage lumineux fait de liberté de culte, de liberté de conscience, de liberté d’opinion, de liberté de choisir qui les gouverne.

Je regarde ces autres mondes, portant d’autres valeurs que celles dans lesquelles j’ai grandi. Et je les accepte (car qui serais-je pour décréter que celles-là seraient moins appropriées que les miennes ?)

Et pourtant : je continuerai de défendre les principes et les valeurs qui font le ciment de l’endroit où je suis née, car je les partage, et les ai fait miens. Car ils me conviennent ainsi, dans leur grande et touchante fragilité. Et si je ne désire pas imposer à d’autres sociétés les principes fondateurs de la miennes, je ne tolère pas non plus qu’on s’attaque à eux.

Ma patrie, oui, c’est l’endroit que j’aime, dans lequel je vote pour qui je veux, et sans contrainte.

Dans lequel je peux choisir de croire en Zoubida ou Tartampion ou personne, si j’en ai envie.

Dans lequel je peux prier dans un lieu dédié à ça, ou en culotte et la tête en bas, ou pas du tout, si j’en ai envie.

Dans lequel je peux porter un pantalon et un bonnet de laine, ou montrer mes guibolles et ma crinière, si j’en ai envie.

Où il ne pleut pas des bombes sur ma tête. Où je suis en paix avec mes voisins.

Je suis parfois atterrée par l’insondable capacité de l’humanité à haïr son prochain. A le massacrer. A sortir d’elle-même autant de haine pour ses semblables (et donc pour elle-même ?)

Et puis…

 

Et puis je me souviens. Je me remémore le plafond de la Sixtine sous la voûte duquel j’aurais pu rester à pleurer d’émotion des heures durant si les gardiens ne m’avaient indiqué la sortie.

Je me souviens du requiem de Mozart écouté à Fourvière, et du silence qui a suivi la fin du concert, ce silence si dense qu’on eût pu le tenir dans nos mains et le choyer, ce silence fait de respect et d’admiration estomaquée de la foule assemblée émue par la beauté pure qui avait jailli des notes.

Je me souviens de ces sourires doux, maintes fois croisés sur mon chemin.

Je me souviens du nombre incalculable de fois où mes congénères m’ont aidée, ou soutenue, sans même y prendre garde.

Je me souviens que nous avons été, le 11 janvier, très nombreux, ensemble.

Je vois que les êtres qui m’entourent, ou que je ne peux faire que croiser, sont capables d’amour, et de grandeur, et, parfois, l’un d’entre eux fera, grâce à ses qualités toutes humaines, une chose inestimable, une chose dépassant la barbarie abjecte de quelques fous, une chose sublime : la beauté.

 

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