Une histoire de faces.

Les glaçons qui tintinnabulent dans les verres en terrasse, les tenues plus légères et la peau plus dorée, les premiers jours de l’été, et la saveur des fruits mûrs, autant de raisons, et encore mille autres, impactant les comportements humains. C’est habituel, récurrent, et n’épargne personne. Chez l’être sexué, il est fréquent alors de voir poindre de concert un bouillonnement hormonal et l’envie de se frotter à l’autre, voire davantage.

Bien sûr, les saisons plus froides n’épargnent pas les jeunes femmes d’une cour des rues parfois sauvage. Bien évidemment, les agressions sexuelles ne connaissent pas de repos en hiver. Et chaque femme est plus ou moins sujette à des tentatives d’approche, selon ce qu’elle-même dégage ou inspire à ceux qui pourraient convoiter ses faveurs.

Je ne pousserai pas plus loin les généralités.

Ce que je comprends de ce phénomène me semble important d’être ici développé, et ne résulte en rien d’études autres que celle de ma propre expérience… Car courtisée, il m’arrive de l’être.

Il est une chose ambiguë, tout d’abord. Le fait de plaire et que celui à qui on plait nous en informe est tout à la fois réjouissant et particulièrement gênant. En effet, qui n’aime pas plaire ? Qui n’apprécie pas de trouver dans les propos de l’autres des signes positifs (aussi lourds et peu amènes soient-ils) à son égard ? Être complimenté est positif, puisque l’autre alors fait montre d’un intérêt pour soi. Mais, concomitamment, à partir du moment où une interaction verbale se crée entre deux inconnus, la distance qui les sépare se réduit, et devient peau de chagrin au moment où cette interaction est engagée dans le but, sinon spécifié au moins sous-entendu, d’une volonté de rapprochement physique.

Dans l’étude des interactions verbales, tout est affaire de faces et de proxémie.

Celui qui courtise, et quel que soit l’enjeu (pari entre copains, coup de foudre, besoins sexuels abondants ou autres) prend un risque, dans le sens où il ouvre le dialogue. Il offre un de ses biens les plus chers : sa liberté de parole. Dans le cours normal d’une interaction verbale, le destinataire est dans l’obligation de répondre. Un parallélisme des formes, un équilibre de faces s’engageant de fait.

Si le destinataire ignore l’émetteur, ne lui répond pas, ce dernier perd la face.

Il en est de même si le destinataire choisit d’entrer dans l’échange de manière agressive. Le conflit peut alors rapidement s’instaurer, le « courtisan » étant à la fois repoussé et rabaissé. En revanche, la cible ne désirant pas pour autant répondre de manière positive car n’étant pas séduite en retour, il lui est impossible de répondre positivement car le risque serait d’autant plus grand pour elle qui ne désire pas aller plus avant dans l’échange.

Une fois ces paramètres connus, il est possible de s’en servir. J’ai à mon actif quelques techniques de « remise en place » de l’interaction, qui passent par le vouvoiement systématique, et quel que soit l’âge du garçon, la correction de l’interpellation « Mademoiselle » par un « Madame » appuyé, ne pas me départir de mon sourire, être ferme mais jamais agressive. Répondre par une boutade au jeu de mot gras qu’on aura pu me lancer. « Merci, c’est gentil, mais non merci ». Et j’adapte à chacun de mes interlocuteurs mon discours. Chaque situation, même semblant identique à une précédente, doit être envisagée comme une nouvelle, car chaque individu fait jouer ses propres affects à un moment bien précis.

Et puis, je n’ai pas peur. Je sais que mes capacités verbales et mes connaissances des codes me permettront dans la plupart des cas de régler l’échange sans que l’un et l’autre nous n’ayons de souffrance ou d’animosité.

Bien sûr, je ne suis pas à l’abris de rencontrer un fou dangereux, contre lequel mon joli petit discours ci-dessus ne pourra rien, mais je suis bien heureuse qu’il fonctionne avec la grande majorité des kékés 🙂

 

 

 

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