De la prise à la gorge

Parlons ce soir d’émotion purement esthétique, si tu veux bien, lecteur. J’ai dans ma mémoire un petit carnet dans lequel je répertorie ces moments prenants, appelant au vertige, à la dépossession des sens, causée par leur confrontation aux arts…

Il est un pays au croisement des mondes, berceaux de civilisations et d’échanges entre les hommes, au coeur de l’Asie Centrale. Un pays dont j’ai déjà parlé ici, faisant un tableau romancé de Bukhara aux mille bassins, tentant de transmettre le souvenir des volutes amoureuses et sensuelles qui émanent de cette cité.

Là-bas, au coeur de l’Ouzbékistan, une ville, dont le nom mythique en lui-même évoque la rencontre et la fusion de la Perse et de l’Empire Ottoman, qui dans leur étreinte charnelle se laissent happer par l’Inde, une ville, dis-je, se dresse de toute la fierté de son Registan, de tout l’orgueil de sa nécropole, de toute la superbe de ses madrasas.

Samarkand. Samarkand… Marquer une pause, ici. Laisser le nom rouler dans sa bouche. Appeler le sucre des fruits mûrs et le chant des épices. Voir les ombrages des moucharabiehs, les voilages des étoffes, les sourires plus dorés que le soleil qui frappe les hommes. Et exhaler un soupir à l’évocation de Samarkand.

La ville se traverse des yeux, se découvre dans ses parfums, se dévore  et se touche. Elle se donne aussi sûrement qu’une femme aimée, et marque les coeurs les plus aguerris de son emprise. Elle est aussi sauvageonne qu’ordonnée, aussi humble que superbe, aussi généreuse que secrète.

En entrant dans l’un de ses innombrables mausolées, après course et cavalcade parmi ses ruelles tannées d’un soleil de plomb, après admiration des splendeurs de ses monuments et appréciation de la valeur de ses richesses ornementales, je fus prise à la gorge.

En entrant dans le tombeau de Tamerlan, en ouvrant la porte du Mausolée Gour Emir, d’abord, la fraîcheur du lieu me fit frissonner. Puis le silence. Aussi imposant que l’édifice. Il semblait monter, s’élever dans les niches recouvertes d’or fin des coupoles, il semblait manger l’espace. Alors, vint cet instant. Celui d’un débordement de l’être, qui au-delà de lui-même se fit transport et outil céleste. Le beau, l’incroyable magnificence du lieu, me prit. Je m’assis à même le sol et pleurai de toute mon âme.

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