Vie.

De ma fenêtre citadine, la ligne d’horizon faite de toits disparates s’anime de grues décrivant dans les airs d’amples arcs de cercle. Mouchetés, au premier plan, les arbres annoncent le printemps, se parant d’orgueilleux boutons de verdure. Les parterres qui les encadrent saupoudrent d’une palette criarde les pelouses. Le ciel d’un bleu encore pale chuchote la douceur des jours s’allongeant, s’étirant comme chat au soleil. Photographie. Instantané présent.

Hier encore, la pluie au cimetière, le déchirement d’un départ. Hier des adieux à prononcer, psalmodiés au rythme des mélodies qui avaient enchanté les instants partagés.

Aujourd’hui, la présence du disparu qui anime le cœur de la tristesse de ne plus le voir et de la joie de le savoir en soi pour toujours.

Demain, viendront les longues soirées dehors, les verres qu’on trinque en terrasse, fêtant l’approche de l’été. Demain, on fera de nouveaux projets. On décidera de la destination des prochaines vacances. On oubliera, demain. On s’oubliera demain.

En attendant d’oublier, se rappeler la beauté de la vie, savoir ce qu’elle offre de merveilleux, le lister à l’infini, le capter dans ses détails infimes et joyeux, et le donner… Voici ma contribution, toute personnelle…

 

Arrivée au terminus, coincée dans une rame bondée et assourdissante, observer un vieux monsieur se penchant vers l’épaule d’une jeune femme aveugle pour lui indiquer doucement qu’elle est arrivée,

Voir un homme danser des claquettes sur le banc d’un arrêt de bus, lui trouver autant d’élégance que de lumière,

Sur le mur d’une cabane de chantier, plus loin sur le chemin, noter que quelqu’un a taggé le mot « joie »,

Ecouter The Greatest de Cat Power en regardant défiler les rues à bord d’un tramway,

Plonger son nez dans un pot de basilic et laisser venir à soi le goût des plats dans lesquels incorporer ses feuilles,

Embrasser l’être aimé,

Prendre dans ses bras son enfant, l’écouter parler de la vie,

Laisser se prendre dans les cheveux les pétales envolés des premiers fruitiers en fleur,

Souffler sur les aigrettes des dents-de-lion, les regarder monter dans les airs, se disséminer au vent, et penser à tous les bébés pissenlits que ce peu d’air expulsé aura peut-être contribué à créer… Retrouver là un plaisir enfantin. Rêver soudain de faire des bulles de savon et laisser partir, parmi les champs, son imagination…

Dandelion

Publicités

2 réflexions sur “Vie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s