Aujourd’hui

 

Suite de l’histoire épistolaire. Retrouvez-la dans son intégralité sous l’onglet « Correspondances ».

Nuit Blanche Arev Manoukian

La nuit autour m’enlace de son manteau de soie. Mon corps nu se meut dans les draps, et de sa position fœtale se déploie de tout son long. Au travers de mes cils entremêlés je distingue peu à peu les contours du monde de ma chambre. Quelle heure peut-il bien être ?

Il est l’heure de la nuit noire. Il est l’heure d’aujourd’hui. Il est bientôt l’heure de te revoir.

Enfin, un accent de soulagement ponctue mes commissures, un souffle d’apaisement s’expire, et le sourire du beau revoir s’imprime sur mon visage autant que dans mon être. Ce soir. Ce soir je serai dans tes bras.

Ne pas compter les heures. Etre plus fort que ça.

Arrêter les décomptes. C’est aujourd’hui. Voilà tout.

Mes mains contre ma peau, et voilà mes sens qui se souviennent. Tes mots. Ton souffle. Ton parfum. Ta force lorsque tu me tiens. Tes éclats de rire. Ton regard qui se teint lorsque tu penses. Ton goût pour les belles choses. Ton avidité de connaissance. Ta volonté de la transmettre. Ton intérêt pour ma personne.  Ton désir dans tes yeux. La splendeur de nos unions.

Tu es presque palpable tant ta présence envahit les dernières heures de cette dernière nuit sans toi. Je n’ai plus besoin d’oreiller. Le poids de ton corps envahit mon esprit et déjà nous nous aimons.

A ce soir.

___________________

J’ai sursauté. Me suis réveillé en plein rêve. De quoi je rêvais ? C’est fou mais je n’en ai aucun souvenir. Ce que je sais, c’est que j’ai regardé l’heure sur l’écran de mon téléphone, que j’ai maugréé. Parce que c’était trop tôt pour me lever, et raté pour me laisser suffisamment de temps pour me rendormir.

Et puis, d’un coup ça a été comme un flash. Pas le flashback, non, le flash genre gros coup de Tungstène dans la figure.

Tu arrives ce soir. J’ai étouffé un cri de joie. J’ai failli réveiller tout l’immeuble. Toute la rue même. Voire louer une voiture du cirque qui s’est installé sur la place, tu sais, celle où on commande toujours de grands crèmes, et partir avec faire le tour de la ville pour annoncer au mégaphone l’unique nouvelle intéressante qui soit sur cette Terre : je te retrouve. Tu es revenue !

Tu vois, le Grand Jacques, que j’ai toujours trouvé débile avec sa Mathilde, eh bien ça y est : je le comprends. Tu reviens, et peu importe que la Terre s’arrête de tourner, je m’en fous, tu seras dans mes bras ce soir.

Je voulais te dire aussi. Je te l’ai jamais dit.

Je crois que je t’aime.

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6 réflexions sur “Aujourd’hui

  1. Difficile d’écrire après cette lecture qui n’ai point pour moi, ni pour les lecteurs suivants ni pour … mais pour « lui ». »unchained melody » résonnait dans la pièce au moment de ma lecture.

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  2. A peine sortie de la torpeur d’une nuit courte et sans rêve que déjà la réalité de l’horreur qui me frappe semble envahir l’entier de l’espace de ma chambre.
    Elle pense que je dors encore car je sais feindre le sommeil en ne la regardant qu’à travers le grillage de mes cils. Elle ne sait pas que je l’observe. Elle ne réalise pas que je lis en elle comme dans un livre ouvert à l’avant dernière page de notre histoire. Sa façon de se mouvoir lentement et sensuellement dans notre grand lit, la façon dont elle pose ses mains sur sa peau nue qu’elle n’a retrouvé sans raison apparente que récemment sont autant de signes que je ne serai pas dans le paragraphe de la fin de notre histoire.
    Elle est là mais je sais qu’elle est déjà avec toi à qui j’écris ces lignes et dont je ne sais rien.
    Je te hais parce qu’elle te choisit et me laisse.
    Je me hais parce que je n’ai pas su la retenir trop occupé que j’étais à me satisfaire de sa simple présence sans cultiver le bonheur que tu mérite
    Je devrais sans doute essayer de la retenir, de lui dire à quel point la voir partir déchire en 1000 morceaux chaque cellule de mon cœur, mais je vois bien que cela ne servirait à rien, que je ne ferais que la torturer et gâcher un peu tout le bonheur que je souhaite pour elle.
    Alors c’est à toi maintenant que reviens le bonheur de créer le sien. Car c’est bien cela ce dont il s’agit partager sa vie, c’est un vrai acte de création, de partage et je ne peux qu’apaiser mon immense douleur de ne plus être ce créateur que j’ai su être pendant un certain temps.
    Je vais encore faire semblant de dormir, jusqu’à ce qu’elle se lève, se prépare et me laisse cette lettre qu’elle a prévu de me laisse sur la commode de notre chambre dans laquelle elle me demandera d’être fort pour elle, d’être ce que je n’ai pas su être depuis des mois à savoir courageux et bienveillants… Je la lirai cette lettre et je me mettrais sans doute à pleurer jusqu’à ne plus avoir une goutte d’eau dans le corps… Je ne m’en remettrais jamais, ou tout au moins, je ne serai plus que cette homme gris que l’on croise au petit matin sur les quais de gare à qui il manque la moitié du cœur.

    Prends en soin toi qui dormira avec elle ce soir….

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  3. Pingback: Au-revoir | rienaredire

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