De la tristesse

J’ai douze ans. Je suis l’enfance dans mes jeux, dans mes bagarres de cour d’école, dans l’odeur de mon cartable, dans mes rêves pour plus tard. Je ne suis pas grand. Quand je serai grand, je ferai de grandes choses. Aujourd’hui, j’ai douze ans, j’en fais de petites. Je suis l’enfance dans mes pantalons troués aux genoux, dans l’autorité de mes parents, dans les prémisses de l’élaboration de mes propres goûts, dans les influences de ceux des êtres qui m’entourent.

J’ai douze ans, je ne suis plus si petit. Je veux choisir pour moi-même, décider. Ne souris pas de mes bleus ni de mes bosses, lecteur, ils font tout aussi mal que ceux des grands. Les coups au coeur d’un adolescent sont aussi durs que ceux portés à un adulte qui, lui, saura peut-être, à force d’en avoir pris, les recevoir même un peu mieux.

Hier, en sortant de l’école, j’ai pris ce chemin en pente qui mène à ma maison. Le soleil tapait encore sur le crépis des murs et décorait les graffitis. J’avais dans mon sac un trophée. J’étais le bonheur incarné. Je portais sur moi un objet que j’allais pouvoir vénérer, et, qui sait? avec quelque incantation vaudou de mon cru, m’en servir à des fins grandioses.

Il y a cette fille dont la longue natte s’agite dès qu’elle secoue la tête. Avec ce sourire d’une oreille à l’autre, des taches de rousseur plein le museau, des cils longs et fournis qui balaient un regard qui ne m’est jamais destiné. Elle a son petit groupe à elle. Et je crois qu’elle s’en fiche un peu, des amours juvéniles. Elle a ses copines.

Moi, pauvre de moi, je n’en ai parlé à personne. D’abord parce que jamais je ne voudrais être poussé par un bien intentionné à l’aborder. Ensuite parce que le reconnaître modifierait peut-être ce sentiment qui est mien, et uniquement mien. Enfin parce que c’est ainsi : comment dire l’indicible ?

Pendant la dernière récré de la journée, caché par la troupe regroupée dont je suis un élément accepté mais de moindre intérêt, j’ai pu l’observer à mon gré. Elle avait cueilli une pâquerette dans les parterres de la cour, et l’avait glissé à son oreille.

La sonnerie rappelant au retour en classe, elle et les autres se dirigèrent vers les bâtiments.

C’est là que je l’ai vue. La chétive fleur avait glissé au sol. Je la recueillis d’une main, prestement. Emballement de mon coeur. Tap. Tap. Tap. J’avais un peu d’elle avec moi. Qu’elles furent longues, ces dernières heures avant que sonne celle de la libération!

J’étais seul dans la ruelle. Le meilleur moment pour admirer mon trésor. Le protéger. Décider de sa sauvegarde. Ouvrant mon sac au sol, je sortis la fleur de la poche dans laquelle je l’avais glissée. Je la regardai dans ma paume ouverte. Après ce temps passé enfermée elle n’était plus rien. Les pétales avaient fané. La tige était brune et emmêlée. Il était un peu trop tard.

Je m’assis alors et me mis à pleurer. Voyez vous, j’ai douze ans. J’ai mal comme un grand et pleure comme un enfant.

 

Une nouvelle fois, ce billet répond aux contraintes d’un jeu d’écriture. En voici l’énoncé : Un garçon, seul sur le bord d’un chemin, pleure. Pourquoi? Nous avons 500 mots pour le dire. Les participants peuvent proposer leurs productions jusqu’à samedi. Vous pouvez bien sûr vous prêter à l’exercice ici même si vous désirez vous joindre à nous, ou nous indiquer par voie de commentaire, la publication de votre texte sur votre blog. Les joueurs volontaires sont pour l’heure les mêmes que pour les précédents billets : 

http://frayer-monblog.blogspot.fr

http://gregatort.wordpress.com

http://plumechocolat.wordpress.com

http://motspourlecrire.canalblog.com

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s