Misère.

Tous les jours, en me rendant dans les bureaux qui attendent ma présence laborieuse, tous les jours, avant d’emprunter les transports en commun qui me conduiront en ma demeure, je passe à côté d’un camps de fortune fait de dizaines de toiles de tentes de deuxième main, de vieux meubles cassés, de tancarvilles supportant des haillons, de vieux jouets déboités, de trottinettes sans roues, d’un bric-à-brac tant usé qu’il n’a plus, et depuis bien longtemps déjà, aucune valeur marchande.

Le camp. Ce camp. Habité d’une centaine de personnes au moins, et pour la grande moitié d’enfants.

Ils sont là, depuis près d’un mois. Sous le pont de l’autoroute, sur les galets figés dans le ciment, sur les graviers collés à l’asphalte. Ils sont là, dans la pauvreté la plus mordante, la plus crue, la plus dénuée d’espoir. Ils sont là et semblent figés en cette image terrible de la misère noire.

Qui a lu Calaferte, et plus précisément le Requiem des Innocents, situe approximativement le lieu de l’intrigue de ce dramatique roman semi autobiographique aux environs de la gare de Perrache, Lyon, dans les années 1930.

Au même endroit, rien n’a changé. Près de cent ans après, la même horreur, la même violence, les mêmes regards qui se détournent.

Des regards évités, pour de bonnes, ou de moins bonnes raisons, quelles qu’elles soient : peu louables. Et mes yeux à moi qui ont, jour après jour, plus de mal à ne pas s’emplir de larmes.

Ces gosses faméliques, qu’on agite au bout de bras burinés tels des pantins. Ces hommes regroupés dans une attente éternelle. Ces femmes aussi belles que malades et perdues.

Et mon impuissance face à tout cela.

Et ma rage de penser que certains veulent les foutre dehors. Les acculent. Les vilipendent. Les détruisent de leurs mots de gros bourgeois dans l’opulence. Vous n’êtes que des porcs, messieurs.

Tirer sur la misère pour combler un électorat. Pendre haut et court ceux qui n’ont rien. Voilà votre grandiloquence. Je ne vous félicite pas.

 

Un jour, vous comprendrez peut-être qu’il n’est de plus grande gloire que de défendre la dignité des faibles.

 

Croyez-moi, ceux que je croise ainsi chaque jour en ont le plus grand besoin.

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