Alliances

Voilà quelques jours que je réfléchis à la manière de te narrer un événement qui a récemment bouleversé ma vie. Aux mots que je devrais employer pour te raconter, ami lecteur, combien l’allégresse m’a emportée en ce premier samedi de l’été 2013. A la façon de te faire comprendre que l’événement auquel j’ai eu la chance d’assister était ô combien historique.

J’ai beau garder l’émotion de l’instant inscrite en moi, j’ai conscience qu’une partie de son sens ne réside qu’en le fait de l’avoir vécu, et qu’il me sera donc malaisé de te la transcrire. Dont acte, faisons fi de ce détail. Voilà ce que je t’offre : un moment magique, historique, exceptionnel, symbolique au plus haut point, et gratuit.

Samedi 23 Juin 2013, se sont unis en la mairie d’une petite ville de province, Gaëlle et Mehdi.

Gaëlle, fille de la campagne reculée, ayant grandi dans un village de France d’un millier d’âmes tout au plus, a dit oui devant M. Le Maire, à Mehdi, enfant issu de l’immigration, ayant fait ses premiers pas dans un quartier connu comme ZUS.

Gaëlle, petite, admirait le cours du ruisseau traversant son village au rythme lent des bovins que l’on menait paître.

Mehdi, lui, retrouvait ses copains en bas des tours, sur les carrés d’herbe dédiés au foot, avec un vieux ballon.

Gaëlle retrouve des échos de la vie de sa famille dans les bouquins de Clavel, quand celle de Mehdi chante dans les pages de Picouly.

Claude François a peut-être bercé l’enfance de l’une quand Oum Kalthoum psalmodiait à l’oreille de l’autre.

Ils se sont dit oui. Et leurs familles aussi.

Et mon coeur bat plus fort de te l’écrire, lecteur.

 

Quelques aléas techniques qui n’ont que faire ici m’ont empêchée d’arriver à l’heure de la cérémonie. Je ne rejoignais donc la noce qu’au soir, à l’adresse indiquée sur le faire-part. La voiture, pour m’y rendre, dû emprunter maints chemins communaux, passer de nombreux détours entre champs et bosquets, traverser multiples hameaux. J’arrivais à une salle des fêtes aux environs d’une petite commune. Le soleil était tombé dans les blés et donnait une teinte d’ocre à tout ce que touchaient ses derniers rayons. De là où les rythmes de fête sonnent habituellement une musette de bal ou quelque reprise de variété francophone, venaient des airs d’Orient. Et à moi me vint un sourire, le premier des innombrables de cette extraordinaire nuit.

J’ai cette immense chance, je t’en ai parlé précédemment, lecteur, de connaître des mondes que tout oppose, et il m’est ô combien rare d’assister à l’union de ces mondes. Je connais les mariages des campagnes, avec les serviettes qui volent au dessus des têtes lorsqu’un air, que l’assemblée reprend en coeur, vient à être diffusé par le DJ local. Je connais aussi les mariages orientaux, gonflés de sucreries et de percussions, pendant lesquels le couple à peine uni admire ceux qui le saluent depuis son trône. Je connais les animations de l’un, des sketches organisés par les témoins jusqu’à la pièce montée ; je connais les rituels de l’autre, des tenues aux danses en passant par la tradition du henné.

La mariée se changea par quatre fois. Elle porta tour à tour la robe virginale et symbolique arborée par tout ce que l’occident fait de jeunes épousées, puis des étoffes de soies colorées ornées de pierreries et de pièces de métal doré, lesquelles dans les tons verts puis rouges ou encore bleus. Un trône ornait la scène.

Dans la salle, chaque assiette avait son ballotin de dragées, son porte nom et son menu, on ne peut plus régional. Car le repas, servi à table et sur assiette, fut celui typique de ce coin de campagne : salade bressane, poulet de Bresse aux morilles, fromages et pièce montée.

Les viandes étaient halal, mais le menu bressan.

Les sonorités étaient celles du Rai, et les danses orientales, mais entrecoupées de ballades pop et de jeux animés par les témoins des époux.

 

A la pièce montée et au champagne pétillant dans les flûtes se mêlaient les pâtisseries de miel, d’amande, d’eau de fleur d’oranger, aux youyous s’ajoutaient les bravos, et à la félicité des uns s’additionnait le bonheur des autres.

 

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