Alors…

Le chemin était de terre. Un peu poussiéreux. Quelques frissons couraient le long de mes bras nus dans ce jour déclinant.

Nous étions, semble-t-il, à cette heure estivale où la rosée remonte en brumes légères des pâturages, où les branches se ploient et tentent d’embrasser le promeneur tel un salut tardif, où l’odeur de l’herbe humide caresse l’air, et où vient à la bouche cette envie de croquer dans un fruit mûr, juteux et sucré.

J’avançais sans but, comme cherchant où mènerait le sentier qui courait devant moi.

Ma robe frôlait les herbe folles, et, légère, laissait mes jambes nues danser dans les joncs. J’arrivais alors devant un vieux portail de fer rouillé, qui semblait garder mon avenir tel un geôlier muet.

L’apparence de sa facture semblait l’oeuvre d’un orfèvre d’un autre temps, tant le travail de ses gonds, de sa poignée, de ses barreaux, avait été minutieusement élaboré. Des arabesques et des volutes en formaient le corps. S’il n’avait été couvert de lierre et décoré d’ancestrales toiles d’araignées, d’aucun aurait pu le croire clôturant quelque château ou demeure bourgeoise.

Je poussais doucement la porte. A mon plus grand étonnement, celle-ci n’émit aucune résistance ni grincement, et semblait vouloir continuer d’elle-même l’élan que je venais de lui donner.

Au-delà, le sentier n’était plus.

Les arbres semblaient s’être rapprochés les uns des autres, comme pour se soutenir et s’aider à s’élever. Au loin, je percevais le son d’un cours d’eau, et sans doute un batracien répondant à un autre. Plus près, les nocturnes chantaient déjà dans les cimes.  Une feuille venant d’une branche trop sollicitée par les oiseaux tomba à mes pieds.

Le moment prit une teinte bleuté. La feuille auprès de laquelle je m’étais rabaissée afin d’en observer mieux les contours semblait se fondre dans le sol humide. Je voulu la prendre en main, mais ne pu rien tenir entre mon pouce et mon index. Je me relevais donc.

Le portail avait disparu.

Je pris le parti de continuer la découverte des lieux.

La nuit était tombée mais la lune était mon fanal. Elle couvrait d’argent buissons et branchages, touffes et épines, pétales et tiges.

La mousse qui courait au sol appelait mon pied nu de sa caresse, et m’invitait à la découvrir sans artifice. J’ôtais alors mes chaussures. Le contact fut doux, souple, et délicat. Un, puis deux pas dansés lentement m’enlevèrent vers le bonheur du bien-être ressenti.

Un renoncule poussant par là attendait ma cueillette. Je l’acceptais avec plaisir et le logeais dans mes cheveux défaits.

La clairière me regardait me mouvoir en elle, et souriait de mon naïf éblouissement devant son immense beauté. Tout en elle n’était à la fois qu’apaisement et jeu, calme et invitation à la fête, éclat de rire et silence.

J’avais soif. Et un peu chaud. Je me dirigeai donc à l’oreille vers le ruisseau que j’avais entendu courir. Le tapis de mousse sous mes pieds était d’une douceur incomparable. Je m’assis près du ru, lui faisant l’offrande de ne pas, de suite, lui prendre de son eau. J’admirais les flaques de lune à sa surface, les petits tourbillons entre ses rochers, les reflets en miroirs des ombres nocturnes, les herbes emmenées dans la danse folle du courant.

Je m’allongeais alors, de tout mon long et, dans le creux de mes mains jointes, je recueillais un peu de lui, que je portais à ma lèvres.

A mon réveil, l’aube pointait à ma fenêtre.

Je retrouvais, sur mon oreiller, un renoncule qui, écrasé par le poids de ma tête, avait séché.

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