La vie commune

La vie commune

 

L’autre soir, ainsi que cela arrive régulièrement à beaucoup des lecteurs qui mettent leur nez par ici, je me suis retrouvée confrontée à l’obligation de réapprovisionner mon foyer en divers produits de consommation courante. Et donc, comme la plupart des français, à devoir me rendre dans un supermarché, symbole d’ouverture post 19:00, de regroupement des produits recherchés, de praticité et de tarifs acceptables (cette dernière notion étant tout à fait discutable, évidemment je vous l’accorde).

Le fait d’envisager la route à prendre, le périph à emprunter, la place sur le parking à trouver, le choix du caddie à faire judicieusement, la quête de l’objet recherché dans les innombrables rayons, l’attente en caisse, tout cela sous la lumière de néons aveuglants, avec un bruit de fond de faux oiseaux, après une longue journée de travail, ne m’a pas, d’un coup, paru des plus enchanteurs.

Il faut avouer que j’ai l’extrême privilège de n’être pas rompue à la fréquentation des supermarchés. La répartition des tâches ménagères en ma demeure est ainsi faite qu’à l’instar de la poubelle à descendre, cette ingrate obligation échoit à mon amoureux, et si j’ai hebdomadairement la charge d’acheter des denrées, il s’agit alors de produits frais vendus le dimanche, sur le marché aux fruits et légumes proche de la maison.

C’est donc, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, après quelques tergiversations afin de décoller mon postérieur de ma chaise de bureau, que j’ai pris la route en direction de cet antre de la consommation de masse.

Il faisait lourd, ce soir-là. Et la couleur du ciel était si chaude qu’elle avait rendu les eaux du fleuve mordorées. L’asphalte luisait ainsi qu’en plein été. La fin du jour s’annonçait au loin dans des bleus sombres. Je roulais fenêtres toutes ouvertes, une première depuis longtemps. Les bouffées brûlantes de l’air me redonnaient doucement le goût du printemps, des journées plus longues, de la vie dehors. Je pris donc le parti de considérer mon obligation comme un départ à l’aventure. Ainsi qu’une Alexandra David Neel, j’allais redécouvrir Carrefour! Cette pensée m’a fait sourire, forcément, imaginant les photos que cette exceptionnelle aventurière aurait pu prendre en telle situation.

Arrivée sur site, je me rendis compte, en cherchant à garer ma voiture, que j’étais loin d’être la seule à être venue jouer les découvreurs-ethnologues en ce mercredi soir d’avril. Ma première quête fut donc celle d’une place de stationnement. J’eu tout à coup la sensation qu’il s’agissait d’une chasse au trésor, mes concurrents et moi devant rivaliser d’intelligence afin de trouver le Graal de la place libre. Il s’agissait de la jouer le plus tactique possible, et de s’engager dans la bonne allée, tout en faisant preuve de la plus grande observation possible de l’environnement.

Je garais donc mon véhicule en savourant ma victoire, tant j’avais conscience de l’avoir méritée.

Quel bonheur fut le mien que de trouver, coincée dans un repli de mon porte monnaie, cette pièce de un Euro qui, telle la clé d’un coffre, me donnait un accès certain au chariot désiré!

Le caddie choisi roulait bien, aucun empêchement dans ses rouages ne freinait son évolution, et je pris donc le chemin très emprunté de la grande surface.

Dans les rayons, à chaque regard croisé je rendis le mien accompagné d’un sourire. Ce n’était pas grand chose, mais a permis l’ouverture de l’échange avec plus d’un acheteur. Ainsi, j’ai pu comprendre que cette obligation d’achat était loin de ravir les présents du moment, chacun voulant avoir achevé ses emplettes au plus tôt afin de s’en retourner chez soi. Et malgré tout, chacun me donnait un peu de son temps, bien sûr pour s’en plaindre, mais également pour comparer l’affluence selon les jours de fréquentation du lieu, pour donner son avis sur tel ou tel produit, voire même simplement pour avoir le plaisir de parler. Ca ne durait que quelques brèves secondes, parfois, simplement le temps que moi et mon interlocuteur trouvions ensemble ce que nous recherchions dans le même rayonnage. Malgré tout, ainsi, j’eu la sensation de m’inscrire au sein de cette vie, de celle de mes congénères, si proche de la mienne, et dont pourtant je ne connaitrai jamais que ce fugace instant partagé.

Une fois parcourue l’intégralité du lieu, je me dirigeai vers les caisses, et patientai. Face à moi dans la file, une petite fille me regardait, installée dans le siège du chariot que je suivais. Elle représentait, avec ses mains, le vol des oiseaux, des coeurs, de petits lapins. Nous nous prêtâmes alors à ce jeu ensemble, rivalisant d’inventions pour nous faire découvrir l’une l’autre un poisson, un chat, un trompettiste, un funambule… le temps que sa maman règle, remette les provisions achetées dans le caddie, me sourit, et s’en aille avec elle. Elle me fit un petit « au revoir » de la main puis m’envoya un baiser.

Le caissier, qui avait observé la scène, passait devant le scanner mes produits en souriant.

 

Belle contagion que cette épidémie de sourires!

Je ressortais du magasin alors que la nuit était tombée. J’avais le coeur gai et rentrais chez moi.

 

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