La vie sonore

Je sais pas vous, mais moi, il m’arrive souvent de réfléchir à nos capacités de perception du monde.

Bien évidemment, c’est par nos cinq sens que nous pouvons l’appréhender. Et souvent, la vue semble prendre le pas sur les quatre autres, étant admise l’idée commune que nous nageons dans l’univers de l’image.

 

Ainsi, il me semble qu’on prête sans doute trop peu attention aux sons.

A la musique, oui, bien sûr.

Aux bruits, lorsqu’ils sont inconvenants, aussi.

 

Mais notre environnement sonore, notre « paysage  auditif », me semble sous-estimé.

Certains de mes proches sont des spécialistes, et donneront peut être un avis contraire, mais j’ai cette impression que, si l’image (d’un paysage, d’une foule, d’un être cher ou d’une architecture) nous frappe, nous percute, les sons eux, s’immiscent, imprègnent notre être sans que nous y prenions garde. Ainsi, ils semblent seulement « créer l’ambiance »…

 

Sont-ils pour autant moins pourvus de sens ? Je ne pense pas. Au contraire.

 

Ainsi, j’ai pu récemment faire cette expérience sensorielle intéressante : retrouver via le canal auditif l’univers dans lequel je baignais.

En terrasse d’un petit café, un jour de marché, j’ai eu à l’oreille ce même flot, ce même ensemble compact de bruits de chaises, de paroles, de « couleurs » vocales, de verres qui s’entrechoquent, de cris, de rires, que si je m’étais trouvée dans un autre marché, dans un autre endroit en France, plus huppé ou bien très pauvre, plus fréquenté ou beaucoup moins.

J’aurais entendu ce même univers sonore aux Halles de Lyon, au marché d’Arles ou de Paris 13ème. Comme si je m’étais inscrite dans une de ces cartes postales gourmandes à la Petitrenaud…

 

De même, immersion dans un concert de Rock, dans une salle bien connue mais non moins délaissée depuis bien deux ans. Puis nouveau passage dans la dite salle, ironie du sort, trois jours après, pour assister à une autre scène. Et ce même brouhaha, cette même prosodie, ces mêmes rythmes, que ceux entendus il y a 15 ans au Paléofestival, que ceux captés il y a 10 ans aux Nuits de Fourvière, que ceux attrapés au vol il y a 3 ans dans une minuscule salle de province.

 

Même impression : les bruits de métro. Que l’on soit à Londres ou Paris, une même fréquence semble passer.

 

Et pourtant, le bruit de foule ne semble alors plus le même que celui entendu dans le café ou la salle de concert précédemment cités… En fermant les yeux donc, on peut savoir qu’on est dans les transports en commun, dans une manifestation, au vernissage d’une expo…

 

C’est un phénomène plutôt rassurant pour moi, dont la fâcheuse tendance, le vilain défaut, la gourmandise suprême est de manger des yeux mon environnement. De l’intégrer d’abord par ce que mes yeux en détaillent. Savoir que les repères existent, certes beaucoup plus discrètement, mais réellement, via l’écoute attentive, m’apporte un réconfort singulier.

 

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